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Hypnose et contrôle : peut-on vraiment perdre la maîtrise de soi ?

Publié le 5 mai 2025 · 8 min de lecture

La peur du contrôle : un frein fréquent

Lorsqu'on évoque l'hypnose, la première réaction de nombreuses personnes est la méfiance : "Est-ce que je vais perdre le contrôle ? Est-ce qu'on va pouvoir me faire faire n'importe quoi ?" Ces craintes sont compréhensibles — elles sont alimentées par des représentations culturelles de l'hypnose comme pouvoir de domination, véhiculées par les spectacles de music-hall, les films et les séries télévisées. Elles sont également, sur le plan neurobiologique, fondamentalement inexactes.

Ce que l'hypnose est réellement

L'hypnose thérapeutique est un état de conscience modifiée naturel, caractérisé par une focalisation intense de l'attention, une réduction de la conscience périphérique et une augmentation de la suggestibilité. Cet état est proche de ce que l'on expérimente quotidiennement : être absorbé dans un livre ou un film au point de ne plus entendre ce qui se passe autour de soi, conduire un trajet familier en "pilote automatique", ou se perdre dans une rêverie [1].

En état hypnotique, le sujet ne dort pas, ne perd pas conscience et ne devient pas un automate. Les études d'imagerie cérébrale montrent que l'hypnose est associée à une activité cérébrale spécifique et distincte du sommeil : le cortex préfrontal reste actif, et les réseaux de contrôle exécutif continuent de fonctionner [2].

Le sujet garde toujours le contrôle

Un principe fondamental de l'hypnose thérapeutique est que le sujet ne peut pas être amené à faire quelque chose qui va à l'encontre de ses valeurs profondes ou de sa sécurité. Les études sur la suggestibilité hypnotique ont montré de façon constante que les sujets refusent les suggestions contraires à leur éthique, même en état de transe profonde [3]. La célèbre expérience de Orne (1962) a montré que des sujets hypnotisés refusaient de jeter de l'acide sur un assistant lorsqu'ils pensaient que la situation était réelle.

En pratique clinique, le sujet peut sortir de l'état hypnotique à tout moment s'il le souhaite. Il entend et comprend tout ce que dit le thérapeute. Il peut refuser une suggestion qui ne lui convient pas. Et il se souvient généralement de tout ce qui s'est passé pendant la séance.

La suggestibilité : une ressource, pas une vulnérabilité

La suggestibilité hypnotique — la capacité à répondre aux suggestions du thérapeute — est une ressource thérapeutique, non une vulnérabilité. Elle permet au thérapeute de proposer de nouvelles perspectives, de nouvelles ressources internes, de nouvelles façons d'interpréter des expériences passées. Le sujet reste libre d'accepter ou de rejeter ces suggestions selon ce qui lui convient [4].

Les personnes qui ont le plus de difficultés à entrer en état hypnotique sont souvent celles qui ont le plus besoin de contrôle — ce qui est en soi une information thérapeutique précieuse. Le travail sur la confiance et la sécurité intérieure peut précéder ou accompagner le travail hypnotique proprement dit.

Références

  1. Spiegel D. Mesmer minus magic: hypnosis and modern medicine. Int J Clin Exp Hypn. 2018;66(2):98-106. doi:10.1080/00207144.2018.1421361
  2. Jiang H et al. Brain activity and functional connectivity associated with hypnosis. Cereb Cortex. 2017;27(8):4083-4093. doi:10.1093/cercor/bhw220
  3. Orne MT. The nature of hypnosis: artifact and essence. J Abnorm Soc Psychol. 1959;58(3):277-299. doi:10.1037/h0046128
  4. Yapko MD. Trancework: an introduction to the practice of clinical hypnosis. 4th ed. Routledge, 2012.
Information importante. Cet article est proposé à titre d’information générale. Il ne remplace pas un avis médical ni une consultation individualisée.