Compléments alimentaires : utiles dans quels cas, inutiles dans lesquels ?
Le marché des compléments alimentaires représente plusieurs milliards d'euros en France. Entre utilité réelle et marketing abusif, comment distinguer ce qui est justifié de ce qui ne l'est pas ?
Nutritionniste · Docteur en Pharmacie · Hypnopraticien15 juin 20259 min de lecture

Un marché en pleine expansion, une réglementation insuffisante
En France, le marché des compléments alimentaires représentait 2,3 milliards d'euros en 2022, avec une croissance annuelle de 7 à 10 % [1]. Contrairement aux médicaments, les compléments alimentaires ne sont pas soumis à une autorisation de mise sur le marché (AMM) et ne nécessitent pas de démonstration d'efficacité clinique avant commercialisation. Ils font l'objet d'une simple déclaration auprès de la DGCCRF et doivent respecter les listes positives de substances autorisées définies par l'Anses [2].
Cette réglementation allégée explique la prolifération de produits aux allégations parfois trompeuses, et la nécessité d'une approche critique fondée sur les données probantes.
Les cas où la supplémentation est clairement justifiée
Plusieurs situations cliniques justifient une supplémentation ciblée, documentée biologiquement ou épidémiologiquement.
La vitamine D est le complément le plus universellement justifié en France, du fait de l'insuffisance d'ensoleillement et des modes de vie intérieurs. La supplémentation est recommandée par la HAS pour les personnes âgées, les nourrissons, les femmes enceintes et les personnes déficitaires [3].
L'acide folique (vitamine B9) est recommandé à toutes les femmes en âge de procréer et obligatoirement en préconceptionnel (400 µg/jour) pour prévenir les anomalies de fermeture du tube neural [4].
Le fer est indiqué en cas de carence documentée (ferritine basse), notamment chez les femmes en âge de procréer, les végétariens et les sportifs d'endurance.
Les oméga-3 (EPA/DHA) sont justifiés chez les personnes ne consommant pas de poissons gras deux fois par semaine, les femmes enceintes et les personnes présentant une hypertriglycéridémie.
La vitamine B12 est indispensable chez les végétaliens stricts et les personnes sous metformine au long cours.
Les cas où la supplémentation est inutile ou potentiellement délétère
La prise de compléments sans indication documentée expose à des risques souvent sous-estimés. Les antioxydants à haute dose (vitamine E, bêta-carotène, vitamine A) ont montré des effets délétères dans plusieurs essais cliniques de grande envergure : l'étude CARET a montré une augmentation du risque de cancer du poumon chez les fumeurs supplémentés en bêta-carotène à haute dose [5]. La notion selon laquelle "plus d'antioxydants = mieux" est biologiquement fausse : le stress oxydatif joue un rôle physiologique dans la signalisation cellulaire et la défense immunitaire.
Les "brûleurs de graisses" (caféine, synéphrine, extraits de thé vert à haute dose) ont une efficacité marginale sur la perte de poids et peuvent présenter des risques cardiovasculaires, en particulier chez les personnes sensibles [6].
Les probiotiques en dehors d'indications précises (diarrhée post-antibiotique, SII à diarrhée prédominante) ont une efficacité non démontrée pour la majorité des allégations commerciales (immunité, peau, humeur).
Principes d'une supplémentation rationnelle
Une supplémentation pertinente repose sur trois principes : l'identification d'un déficit réel (biologique ou épidémiologique), le choix d'une forme galénique biodisponible, et une durée de supplémentation adaptée avec réévaluation. Elle ne se substitue jamais à une alimentation équilibrée et diversifiée, qui reste le socle irremplaçable d'un bon état nutritionnel.
Références
- Synadiet. Chiffres clés du marché des compléments alimentaires en France. 2023. synadiet.org
- Anses. Compléments alimentaires : définition, réglementation et vigilance. anses.fr
- Haute Autorité de Santé. Vitamine D chez l'adulte. HAS, 2022. has-sante.fr
- CNGOF. Supplémentation en acide folique en préconceptionnel. Recommandations 2017. cngof.fr
- Omenn GS et al. Effects of a combination of beta carotene and vitamin A on lung cancer and cardiovascular disease. N Engl J Med. 1996;334(18):1150-1155. doi:10.1056/NEJM199605023341802
- Anses. Avis relatif aux risques liés à la consommation de compléments alimentaires contenant de la synéphrine. 2014. anses.fr
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